La dernière enquête OSH Pulse 2025, préparée par l'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA), a tiré la sonnette d'alarme : 40 % des travailleurs espagnols associent directement leur anxiété ou leur dépression au travail, un chiffre de onze points supérieur à la moyenne européenne (29 %).
L'Espagne fait ainsi partie des cinq pays de l'Union européenne présentant les niveaux de stress lié au travail les plus élevés, dépassée seulement par la Grèce (49 %), la Finlande (45 %), Chypre et la Pologne (41 %).
Les données représentent une forte augmentation par rapport à 2022, où ce chiffre était de 26 %, et montrent un problème structurel que l'agence elle-même décrit comme « une normalisation du stress au travail insoutenable ».
Le principal facteur de stress
Le rapport identifie la surcharge de travail comme le principal déclencheur de la détresse psychologique au travail. Près de la moitié des travailleurs espagnols (49 %) déclarent souffrir de contraintes de temps ou de tâches excessives, contre 44 % en moyenne dans l'UE.
À cela s’ajoutent de graves déficiences en matière de prévention et d’accompagnement psychosocial : seulement 34 % des entreprises consultent leurs salariés sur les risques psychosociaux, bien en dessous des 45 % européens (sans oublier 65 % en Allemagne).
En outre, seuls 28 % des salariés bénéficient de services de conseil psychologique au travail, alors que la moyenne européenne atteint 40 % et que la Finlande approche les 78 %. Selon les termes de l'EU-OSHA, il s'agit d'un déficit structurel de culture préventive et de soutien émotionnel dans l'environnement de travail espagnol.
Le prix caché de la santé (physique et mentale)
65% des travailleurs européens déclarent avoir eu un problème de santé causé ou aggravé par leur travail au cours de l'année écoulée. Mais dans le cas de l'Espagne, le chiffre est encore plus élevé : selon les données, 45 % des salariés souffrent de fatigue, 42 % de maux de tête ou de fatigue oculaire et 37 % de douleurs musculaires ou articulaires, tous au-dessus de la moyenne européenne.
En termes de santé mentale, l'impact est dévastateur : les arrêts maladie pour causes psychologiques ont grimpé de 72 % depuis 2016. Les troubles mentaux sont déjà la deuxième cause d'incapacité temporaire en Espagne, notamment chez les jeunes et les travailleurs précaires.
Une stigmatisation qui persiste
Malgré la prise de conscience sociale accrue, la stigmatisation liée à la santé mentale sur le lieu de travail est toujours très présente. Près de la moitié des Européens (48%) craignent que révéler un problème psychologique n'affecte négativement leur carrière professionnelle… mais en Espagne, ce pourcentage s'élève à 54%, soit six points au-dessus de la moyenne.
La conséquence est claire : de nombreux travailleurs cachent leurs problèmes mentaux par crainte de représailles ou de perte d’opportunités. Seuls 58 % déclarent se sentir à l'aise pour parler de leur santé mentale à leur manager, tandis que 16 % craignent de perdre leur emploi dans les six prochains mois.
Technologie et digitalisation : alliés, ennemis ?
Le rapport pointe également du doigt un phénomène de plus en plus visible : l’intensification du travail grâce aux systèmes numériques et aux algorithmes de productivité. Et les progrès technologiques, loin de réduire les efforts, augmentent la charge de travail et le rythme de travail, même lorsque les journées sont raccourcies.
La pression pour atteindre des objectifs mesurables en temps réel et l’hyperconnectivité constante rendent difficile la déconnexion. En fait, seulement 25 % des Espagnols déclarent se sentir reposés après les vacances, un chiffre qui reflète l'incapacité de se déconnecter du travail même en dehors des heures de travail.
Il reste beaucoup à faire
Au niveau européen, 53 % des entreprises proposent des programmes de sensibilisation ou de formation au bien-être et à la gestion du stress, et 40 % ont accès à des services de soutien psychologique. Cependant, en Espagne, ces pourcentages sont nettement inférieurs.
L'EU-OSHA appelle également les entreprises à développer des « modèles organisationnels durables », qui privilégient le bien-être plutôt que la productivité immédiate.