Regarder une série dans l’avion ou écouter une liste Spotify hors ligne est normal quand on n’est pas convaincu par les systèmes de divertissement des opérateurs de transport. Pourtant, la France veut en faire une source de revenus. Le gouvernement défend que lorsqu'un utilisateur télécharge temporairement un épisode ou un album pour le visionner hors ligne, il en fait une « copie privée ». Et donc vous devriez payer des frais.
C'est exactement le même argument qui a été utilisé pour justifier la redevance numérique en Espagne : on affirmait que puisqu'elle pouvait être utilisée pour copier de la propriété intellectuelle, il fallait la payer. Oui, nous avons même fini par prendre des photos de famille sur le stand. Et ça n’a pas disparu, ça a évolué.
Une vieille connaissance. Le canon existe en France depuis des décennies, sous le nom de « redevance pour copie privée ». Il est né en 1985, à l'ère des CD et des VHS, et s'applique aujourd'hui aux téléphones portables, aux tablettes, aux disques durs ou aux clés USB. Chaque fois que vous achetez un de ces appareils, une partie du prix sert à rémunérer les auteurs et les producteurs. Rien qu’en 2024, elle a récolté 246 millions d’euros.
Le modèle craque. A l’ère du streaming, on ne copie plus, on reproduit. En principe, c’est exactement ce qui devait aider l’industrie. Et bien sûr, les revenus de cette route sont en baisse. C'est là qu'intervient la nouvelle idée : taxer le mode hors ligne des plateformes. Si télécharger temporairement un chapitre signifie en faire une copie, raisonnent-ils depuis Paris, alors vous devriez également payer pour cela. Les entreprises concernées (Netflix, Prime Video, Disney+ ou Spotify) craignent que cette charge soit transférée aux utilisateurs, qui ont déjà payé la redevance sur l'appareil sur lequel ils stockent ces fichiers. Ce serait littéralement payer deux fois pour la même chose.
La tentative française s'est transformée en un litige juridique entre HP et Dell aux Pays-Bas, sur la question de savoir si un ordinateur utilisé pour le streaming devait payer ces frais. L’affaire a été portée devant la Cour de justice de l’Union européenne, et la France a été le seul pays à intervenir pour défendre son interprétation : selon laquelle même les décharges temporaires devraient être taxées. Aucun autre État membre ne l'a soutenu.
Au Luxembourg, ils ne rendront pas les choses faciles. Le 2 octobre, le procureur général de l’UE, Maciej Szpunar, a stoppé la manœuvre. Leur raisonnement est clair : les téléchargements hors ligne ne sont pas des copies privées car l’utilisateur n’a aucun contrôle ni propriété sur les fichiers. Ce sont les plateformes qui gèrent ces contenus, protégés par DRM et supprimés dès la résiliation de l'abonnement. Il n'y a pas de copie en « possession », seulement un accès temporaire.
Pour l’instant, le « tax streaming » semble exclu, mais le combat n’est pas terminé. La France reste seule dans sa croisade pour adapter la copie privée au monde du streaming, et les lobbies qui la soutiennent continueront de chercher des formules pour récupérer ces revenus. La prochaine bataille ne portera peut-être pas sur les séries ou les chansons, mais sur tout service permettant de stocker des données, même pour quelques minutes. Rappelons que le paiement de frais pour utiliser Dropbox ou WeTransfer a déjà été évoqué au sein de l'Union européenne.