En 1984, Neil Jordan a transformé l'un des contes les plus anciens et les plus reconnaissables au monde en un cauchemar sensuel et symbolique. Basé sur « Le Petit Chaperon Rouge », « En compagnie des loups » est bien plus qu'un film de loups-garous : c'est une histoire sur l'adolescence, la curiosité et le danger caché dans le désir.
Situé entre le sommeil et l'éveil d'une jeune femme nommée Rosaleen (Sarah Patterson), l'histoire suit son voyage à travers une forêt où la logique se dissout et les avertissements de sa grand-mère (interprétée par l'inoubliable Angela Lansbury) deviennent des prophéties. Dans un espace nébuleux entre histoire et cauchemar, Jordan crée une œuvre visuellement hypnotique et émotionnellement dérangeante, une réinterprétation adulte de la fable que nous connaissons tous.
Un conte de fées pour adultes
Loin d'être une simple actualisation du mythe, « En compagnie des loups » prend la forme d'une anthologie : au sein de l'histoire principale, Rosaleen écoute et raconte d'autres histoires sur les loups-garous, les pactes avec le Diable et les amours qui se terminent à la pleine lune. Chacune de ces histoires élargit l’univers symbolique du film et révèle à quel point folklore et sexualité sont depuis toujours intimement liés. Jordan s'immerge dans la tradition européenne et la réinterprète avec un regard moderne, fusionnant l'horreur avec l'éveil féminin et la critique sociale.
Le résultat est visuellement éblouissant. Avec la photographie de Bryan Loftus et la scénographie d'Anton Furst – le même homme qui, des années plus tard, façonnera le Batman de Tim Burton – le film mélange l'ancien et le moderne, le brouillard des histoires classiques avec la texture onirique du cinéma des années 80. Même si son budget était modeste, « En compagnie des loups » impressionne par son ambiance et la créativité qui s'en dégage. La scène mythique de transformation, dans laquelle un museau sort lentement de la bouche d'un homme, reste l'une des images les plus troublantes du genre.
Mais au-delà des effets, le film se démarque aussi par sa lecture symbolique. Rosaleen traverse un parcours d'apprentissage qui transforme la peur en connaissance et le danger en désir. Les avertissements de sa grand-mère cessent d'être des leçons de morale et deviennent des métaphores sur l'autonomie et le pouvoir des femmes. Même les personnages les plus sombres – comme le Diable, interprété par Terence Stamp – fonctionnent comme des miroirs de la même impulsion refoulée que l’histoire tente de contenir.
Les critiques de l’époque la célèbrent pour son audace et son lyrisme. Car des décennies avant que le cinéma commercial n’ose démanteler les contes de fées, Jordan les avait déjà transformés en quelque chose de dérangeant, de poétique et de profondément humain. « En compagnie des loups » ne cherche pas à provoquer des frayeurs faciles, mais plutôt à se glisser sous la peau.
C'est l'option parfaite pour ceux qui recherchent un film d'horreur différent : élégant, symbolique et avec une atmosphère unique. Un joyau des années 80 en avance sur son temps et disponible sur Prime Video, Filmin et FlixOlé.
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