Le cas d'une travailleuse catalane qui a provoqué son propre licenciement pour percevoir des allocations de chômage s'est terminée par une peine exemplaire : elle doit restituer 11 051,4 euros au Service Public de l'Emploi de l'État (SEPE) et se retrouver sans allocation. Et ce qui, au premier abord, semblait être une bonne stratégie pour obtenir une aide financière, est devenu au contraire un bon exemple de l’importance de ne pas abuser du système de protection sociale.
Une histoire qui a commencé après un congé
Les faits remontent à 2017, lorsque la travailleuse – employée comme vendeuse – a repris son travail dans une entreprise de Lérida après avoir pris un congé pour s'occuper d'un enfant mineur. Quelques jours seulement après le retour, les absences injustifiées ont commencé : d'abord le 5 septembre, puis les 14, 15, 18 et 19 du même mois.
Malgré les avertissements de l'entreprise, l'employé n'a fourni aucune explication ni justification. Face à ces comportements répétés, l’entreprise a choisi d’appliquer un licenciement disciplinaire le 22 septembre 2017.
Quatre jours plus tard seulement, le 26 septembre, la femme a demandé des allocations de chômage au SEPE, qui lui ont été accordées pour une durée maximale de 720 jours. Pendant près d'un an, il a reçu l'aide sans problème : au total, 11 051,4 euros net.
Fraude détectée par l'Inspection du Travail
En juillet 2018, l’Inspection du travail a préparé un rapport qui a tiré la sonnette d’alarme. Selon le document, la travailleuse avait agi avec l'intention de provoquer son licenciement, sachant qu'une démission volontaire l'empêcherait de percevoir des allocations de chômage.
Le rapport indique que la personne concernée n'a pas contesté le licenciement, n'a pas montré la volonté de retourner au travail et a en outre admis qu' »elle savait qu'elle serait licenciée ». Tout indiquait une manœuvre délibérée pour faire apparaître un licenciement involontaire et un accès abusif aux prestations.
Fort de ces indications, la SEPE a suspendu provisoirement l'aide, l'a éteinte avec effet rétroactif et a exigé le remboursement des 11 051,4 euros. La personne concernée a déposé une demande antérieure qui a été rejetée et a décidé de s'adresser au tribunal.
Le parcours judiciaire
L'affaire a d'abord été portée devant le tribunal social n°1 de Lérida, qui a rejeté la demande du travailleur. Par la suite, l'affaire a été portée devant le Tribunal Supérieur de Justice de Catalogne (TSJC), qui a confirmé la décision du SEPE et a considéré comme prouvée l'existence d'une fraude judiciaire.
Le tribunal s'est appuyé sur l'article 6.4 du Code civil, qui définit la fraude judiciaire comme les actes qui, « en utilisant le texte d'une règle, poursuivent un résultat interdit par le système juridique ». En d’autres termes, même s’il y a eu un licenciement formel, la cause en a été provoquée par la travailleuse elle-même, ce qui transforme la situation en un licenciement volontaire déguisé.
En outre, le jugement invoque l'article 23.1.c de la Loi sur les infractions et sanctions dans l'ordre social (LISOS), qui qualifie comme infraction très grave la simulation de licenciements ou de relations de travail pour accéder indûment aux prestations publiques.
Les conséquences : retour, sanction et avertissement
Le jugement oblige le travailleur à restituer les 11 051 euros perçus, en plus d'éventuels intérêts de retard si le remboursement n'est pas effectué dans les délais impartis.
Même si le travailleur peut encore faire appel devant la Cour suprême, le message des juges catalans est sans équivoque : le système de prestations ne peut pas être utilisé comme un raccourci pour obtenir des avantages économiques. L'affaire a en effet une valeur dissuasive.
Avec sa décision, le TSJC renforce la surveillance du SEPE et de l'Inspection du travail contre les comportements frauduleux, à l'heure où l'organisation a intensifié le contrôle des accusations abusives et des simulations de licenciement.
La SEPE elle-même rappelle que forcer une situation de licenciement – par exemple arrêter d’aller travailler sans motif – ne donne pas droit au chômage. Seuls les licenciements involontaires, tels que les licenciements disciplinaires objectifs ou non provoqués, génèrent ce droit.
Une leçon pour les travailleurs et les entreprises
L’affaire laisse des leçons claires aux deux parties :
- Pour les travailleurs, l’avertissement est fort : demander un licenciement pour percevoir des allocations de chômage peut coûter cher. Non seulement le bénéfice est perdu, mais des pénalités et des remboursements peuvent dépasser 10 000 euros.
- Pour les entreprises, l'arrêt souligne l'importance de documenter correctement les absences et d'agir conformément au régime disciplinaire, car une mauvaise gestion peut conduire à des conflits judiciaires ou à des sanctions administratives.