Après des mois de blocus et une vague croissante de protestations dans toute l'Espagne, le ministère de la Transformation numérique et de la Fonction publique a officiellement rouvert la table des négociations salariales avec les syndicats des fonctionnaires, une mesure contrainte par la pression syndicale et la crainte d'une grève générale qui pourrait avoir lieu en décembre.
La réunion, convoquée ce mercredi 5 novembre à 11h00, vise à reprendre le dialogue sur les conditions de travail et de rémunération des 3,5 millions de fonctionnaires qui dépendent des différentes administrations de l'Etat. Cependant, l'exécutif de Pedro Sánchez arrive à la réunion sans proposition économique spécifique, comme le confirment des sources du ministère lui-même.
Une négociation entre nominations et démonstrations de force
Les représentants des syndicats CCOO, UGT et CSIF, qui représentent ensemble près de 80 % des personnels publics, réclament depuis le mois de mars l'ouverture de cette table de dialogue, reportée à plusieurs reprises faute d'avancées budgétaires. La dernière fois que les syndicats et le gouvernement se sont rencontrés, c'était en juin, même si le débat tournait alors autour de l'offre d'emplois publics et non des salaires.
L’unité syndicale obtenue ces derniers mois a été essentielle pour relancer les négociations. En mars, les trois organisations ont participé aux réunions sans socle commun de revendications, mais le climat de frustration et la perte de pouvoir d'achat ont fini par consolider un front commun.
Le 30 octobre, la CSIF, la CCOO et l'UGT ont organisé une journée de protestation devant le Ministère de la Fonction Publique et dans toutes les délégations gouvernementales, et des milliers de fonctionnaires sont descendus dans les rues sous le slogan « Négociation, augmentation des salaires et amélioration des services publics ».
Aujourd'hui, le nouveau secrétaire d'État à l'Administration publique a annoncé la convocation officielle de la table de négociation. Cette nomination intervient après un profond changement dans l'organigramme du ministère, qui comprenait le limogeage de l'ancien directeur général de la Fonction publique et le renouvellement de plusieurs postes clés.
Pression syndicale et crainte d’une grève générale
Les mobilisations syndicales et les menaces de grève en décembre ont été le catalyseur de cette réouverture. Le ministre de la Fonction publique lui-même, Óscar López, avait tenté de calmer les attentes en déclarant qu'il n'y aurait pas de négociation sans de nouveaux budgets généraux de l'État. Cependant, les syndicats ont répondu que l'augmentation des salaires peut être approuvée même avec des comptes étendus, comme c'est le cas pour d'autres groupes comme les retraités.
De son côté, le CSIF a exigé que les négociations commencent par une offre économique claire et a prévenu que, s'il n'y a pas de progrès, « il y aura une grève en décembre ».
Les syndicats réclament une augmentation salariale garantie d'ici 2025 et la récupération du pouvoir d'achat perdu depuis 2010, qu'ils estiment entre 19 % et 20 %. Dans sa proposition, la CSIF propose de lier les augmentations futures à l'IPC réel plus un pourcentage supplémentaire, selon le modèle des retraites.
Les syndicats s'accordent pour exiger une augmentation « supérieure à l'IPC » pour mettre un terme à ce qu'ils considèrent comme une décennie d'appauvrissement du personnel public. En outre, ils demandent des mesures complémentaires comme la semaine des 35 heures, la suppression du taux de remplacement et le rétablissement des retraites partielles et anticipées dans les administrations.
Le précédent de l’accord 2022-2024
Le cadre précédent, appelé « Accord-cadre pour une administration du 21e siècle », prévoyait des augmentations de salaire de 3,5 % en 2022, 2,5 % en 2023 et 2 % en 2024, avec des augmentations supplémentaires de 0,5 % liées à la croissance économique et à l'inflation. Au total, l'accord représente une augmentation de près de 10 % en trois ans, pour un coût estimé à 13 milliards d'euros.
Mais pour les syndicats, ce pacte est déjà épuisé. Ils accusent le gouvernement de manque d'engagement en raison des retards dans l'application des augmentations variables et de ne pas avoir protégé les salaires de l'augmentation soutenue du coût de la vie.
L'UGT a tenu à rappeler que les recettes de l'État ont augmenté de plus de 7% cette année :
« Si l'économie se porte bien, rien ne justifie de punir les fonctionnaires. »
Un pouls politique en pleine maîtrise des dépenses
La négociation se déroule dans un contexte économique délicat. Le gouvernement est confronté à une prolongation forcée du budget (en raison de sa faiblesse parlementaire) et à la pression de Bruxelles pour contenir les dépenses publiques, ce qui rend difficile l'engagement de nouveaux postes de rémunération.
Si aucun accord n’est trouvé avant la fin de l’année, la menace d’une grève reste ferme. Une paralysie de l'Administration signifierait la première grève générale dans le secteur public depuis l'arrivée de Pedro Sánchez à La Moncloa, un scénario que le gouvernement tente d'éviter à tout prix.