Ce mardi, le Gouvernement a franchi une étape décisive dans la rémunération des plus de 3,5 millions d'agents publics du pays en approuvant, en Conseil des ministres, le décret-loi royal qui développe l'accord signé avec l'UGT, la CSIF et la CCOO pour augmenter leurs salaires entre 2025 et 2028.
Il s'agit d'une augmentation minimale de 11% qui placera le salaire moyen de l'Administration au-dessus de 50 800 euros brut par an en fin de période.
Répartition de la hausse : de la hausse immédiate au saut final en 2028
La feuille de route des rémunérations approuvée est structurée en quatre sections principales :
- 2025 : 2,5 % d’augmentation : La première partie de l’accord est exécutée immédiatement. Les fonctionnaires bénéficieront déjà en décembre de l'augmentation de 2,5%, appliquée rétroactivement au 1er janvier, qui inclura le paiement des arriérés dans une seule masse salariale supplémentaire. Pour un salaire moyen de 3 300 euros par mois, cela représente environ 1 140 euros d'arriérés.
- 2026 : augmentation de 1,5% extensible à 2% : La deuxième tranche envisage un taux consolidé de 1,5% à partir du 1er janvier 2026, extensible de 0,5% supplémentaire si l'inflation dépasse 1,5%. En termes cumulés, entre décembre 2025 et janvier 2026, les salaires auraient déjà pu augmenter de 4 %.
- 2027 : augmentation la plus forte, 4,5 % : La plus forte hausse salariale interviendra en 2027, lorsque la rémunération moyenne augmentera de 2 145 euros par an.
- 2028 : dernier tranche de 2% : Le cycle s'achèvera en 2028 avec une nouvelle augmentation de 2%, soit environ 996 euros de plus par an pour le salaire moyen. Au total, les augmentations représenteront une amélioration cumulée de 5 215 euros par an pour un salaire type de 45 600 euros.
Dans le cas de l'ensemble de la fonction publique, la rétroactivité sera appliquée par chaque administration (centrale, régionale ou locale) selon son propre calendrier.
Un accord ambitieux : impact sur 3,5 millions de salariés
L'accord, contraignant pour toutes les administrations, bénéficiera à environ 3,5 millions de fonctionnaires, devenant ainsi l'une des mesures de travail les plus importantes de l'Exécutif au cours de cette législature.
Au-delà du volet strictement salarial, l’accord comprend des engagements stratégiques tels que :
- Suppression des frais de remplacement, facilitant l'appel à places.
- Réduction des délais de résolution des offres d'emploi public à un an maximum.
- Améliorations de la mobilité, de la promotion interne et des permis.
- Renforcement du personnel du service citoyen.
- Mise à jour des compléments de la résidence et de l'îlot.
- Avancées en matière de retraite et de mutualisme administratif.
Un rebondissement scénaristique dans la politique du personnel de l'État
L'augmentation approuvée représente un changement de cap par rapport aux années qui ont suivi la crise financière, lorsque l'imposition de réductions de salaires et de limitations des effectifs a marqué la politique publique de l'emploi. Compte tenu de cette évolution, le gouvernement souligne qu'entre 2022 et 2028, les salaires publics auront augmenté de 17 points, par rapport aux 3,7 points enregistrés au cours des sept années précédentes.
Pour les syndicats, l’accord représente une victoire significative après des années de négociations et de revendications concernant la perte de pouvoir d’achat.
Une mesure non exempte de critiques
Un autre élément critique est le recours systématique au décret-loi royal pour les mesures à fort impact. L'augmentation des salaires, bien qu'elle soit pluriannuelle et touche toutes les administrations, est approuvée sans débat parlementaire préalable.
Dans le même temps, la Moncloa a averti que les autonomies pourraient se retrouver sans marge budgétaire si la voie des dépenses était à nouveau rejetée par le Congrès : ainsi, le gouvernement exige de la part des communautés une discipline budgétaire… en même temps qu'il introduit des engagements économiques à grande échelle que ces mêmes administrations doivent gérer.