Une entreprise obligée d'indemniser un travailleur qu'elle n'a pas embauché avec 12 000 € : retirer une offre d'emploi ferme coûte cher

La résiliation unilatérale d'une offre d'emploi ferme, avant même la signature d'un contrat de travail, peut avoir des conséquences juridiques importantes pour l'entreprise concernée. C'est ce qu'a clairement indiqué le Tribunal Supérieur de Justice de La Rioja (TSJLR), qui a condamné une collaboratrice mutuelle de la Sécurité Sociale à indemniser de 11.876,64 euros une femme qu'elle avait sélectionnée pour un poste administratif et dont l'incorporation a été annulée quelques jours seulement avant la date prévue.

L'arrêt renforce la doctrine sur la valeur juridique du contrat de pré-emploi et la protection des attentes légitimes générées chez tout travailleur.

D’une promesse d’emploi à une situation de manque de protection

L'affaire remonte au début de l'année 2023 : la travailleuse concernée occupait un emploi à temps plein et à durée indéterminée dans une entreprise du secteur de la logistique, même si depuis octobre 2022, elle bénéficiait d'une réduction de ses horaires de travail pour s'occuper de son enfant. En mars, elle a été contactée par une mutuelle du travail qui cherchait à pourvoir un poste administratif dans sa succursale de Logroño.

Après avoir déposé son curriculum vitae et passé un entretien par visioconférence, la candidate a été sélectionnée : l'entreprise l'a expressément informée de son incorporation prévue le 11 avril 2023, et lui a même envoyé un email le 21 mars lui détaillant la documentation nécessaire à la formalisation du contrat. Face à cette offre ferme, la femme a volontairement démissionné de son emploi précédent, confiante dans la stabilité d'emploi promise.

Or, le 3 avril, soit une semaine seulement avant la date prévue d'entrée en fonction, il reçoit un courriel du directeur régional de la mutuelle d'assurance l'informant que le poste ne sera pas pourvu pour des « raisons d'organisation ». Le contrat a été annulé sans compensation alternative ou immédiate.

Le parcours judiciaire : du tribunal à la Cour supérieure de justice

Face à la situation d'impuissance générée, le travailleur a décidé de s'adresser au tribunal et de réclamer une indemnisation pour les dommages résultant de la rupture du pré-contrat. En première instance, le tribunal du travail a partiellement fait droit à la demande et fixé une indemnisation inférieure, calculée sur la différence de salaire entre l'emploi perdu et celui proposé.

Cependant, l'entreprise et le travailleur ont fait appel de la sentence. L'affaire a été portée au Tribunal supérieur de justice de La Rioja, qui a procédé à une analyse plus approfondie du cas et de la nature juridique de l'offre d'emploi présentée.

L’avant-contrat de travail et la responsabilité contractuelle

Dans sa résolution, le TSJLR conclut qu'il y a eu une offre ferme d'emploi à durée indéterminée, acceptée par le travailleur, ce qui génère des obligations pour les deux parties. Bien que le droit du travail ne réglemente pas expressément le précontrat, le tribunal rappelle que ces précontrats ont pleine efficacité juridique, sur la base des articles 1101 et 1107 du Code civil et de la jurisprudence.

La Chambre souligne que l'indemnisation ne découle pas automatiquement du non-respect, mais de l'existence d'un préjudice réel et avéré. Dans ce cas, il est considéré comme prouvé que la résiliation unilatérale de l'offre signifiait pour la plaignante une « privation injustifiée d'un emploi stable » et du salaire qu'elle aurait perçu, créant ainsi une perte de gain indemnisable.

Près de 12 000 euros pour réparer le préjudice subi

Le tribunal juge adéquat le calcul proposé par le travailleur et fixe l'indemnité à 11.876,64 euros, montant correspondant au salaire perdu pendant une période de deux ans. Cette limitation temporaire est considérée comme « appropriée et proportionnée » pour compenser à la fois la perte de gain et la perte d'opportunités professionnelles, compte tenu notamment du fait que la personne concernée a dû par la suite accepter un emploi dans des conditions moins favorables.

Une information particulièrement pertinente est que la mutuelle elle-même a fini par pourvoir le poste le 13 juin 2023, soit deux mois seulement après avoir annulé la constitution du plaignant, ce qui renforce la thèse selon laquelle il n'y avait aucune raison objective insurmontable pour faire échouer l'embauche initiale.

Un avis pour les entreprises et une garantie pour les travailleurs

Bien que l'arrêt ne soit pas définitif et qu'il y ait encore un appel devant la Cour suprême, l'arrêt du TSJ de La Rioja constitue un avertissement clair pour les entreprises : les offres d'emploi fermes génèrent une responsabilité juridique, avant même la signature du contrat. Une annulation injustifiée peut donner lieu à une indemnisation s'il est démontré que le travailleur a agi de bonne foi et a subi un préjudice économique réel.

Pour les travailleurs, la résolution représente une garantie de protection importante, reconnaissant que les attentes légitimes créées par une offre spécifique et acceptée méritent une protection judiciaire efficace. Dans un marché du travail marqué par l'incertitude, cet arrêt renforce le principe de confiance et de bonne foi qui doit régir les relations de travail dès le début.

Par | Économiste et juriste

Images | Marcos Merino grâce à l'IA

Newsletter

Rejoignez notre newsletter pour des astuces chaque semaine