Le ministère du Travail a lancé l'une des réformes du travail les plus ambitieuses de cette législature (dans laquelle sa faiblesse parlementaire lui permet certainement peu d'ambitions en matière législative) : une nouvelle loi qui redéfinit complètement le régime juridique du licenciement en Espagne, augmentant la protection des travailleurs et limitant autant que possible les causes qui permettent aux entreprises de résilier les contrats de manière appropriée.
La réforme répond à un objectif affiché : renforcer la sécurité juridique et protéger les salariés contre les représailles et les licenciements sans motif, notamment dans les cas liés à des plaintes pour infractions ou corruption dans les entreprises. L'avant-projet est déjà en audience publique et restera ouvert jusqu'au 10 décembre.
Adieu au licenciement en tant que professeur de commerce
La loi ne comprend que deux articles et trois dispositions finales, mais son impact est profond. Selon des sources du ministère, le nouveau cadre vise à fournir au système du travail un environnement « stable et prévisible », en cohérence avec la réglementation européenne sur la protection des lanceurs d'alerte.
Sa caractéristique la plus transformatrice est claire : les causes qui permettent d'effectuer un licenciement équitable sont réduites au maximum et les situations dans lesquelles ledit licenciement sera considéré comme nul sont élargies, ce qui oblige l'entreprise à réintégrer le travailleur et à payer les salaires de traitement.
Protection totale pour ceux qui signalent des irrégularités
L'un des piliers les plus importants du projet de loi est la protection des « informateurs » ou lanceurs d'alerte en cas d'irrégularités internes. La réglementation actuelle, approuvée en 2023 en transposition d'une directive européenne, prévoyait déjà des garanties pour ceux qui dénoncent des infractions, de la corruption, des menaces ou des traitements défavorables.
Cependant, le parti travailliste considère que cette protection est insuffisante : jusqu'à présent, lorsqu'une entreprise licenciait un plaignant sans motif, la conséquence habituelle était que le licenciement était qualifié d'abusif, avec droit à indemnisation.
La nouvelle loi établit quelque chose de plus fort : tout licenciement d'un travailleur ayant déposé une plainte interne ou externe sera considéré comme nul.
Cela signifie qu'il ne suffit pas d'indemniser financièrement le salarié : l'entreprise doit le réintégrer et rétablir son poste. Par ailleurs, toutes représailles, explicites ou cachées, sont déclarées nulles, notamment :
- Changements de poste injustifiés
- Perte de conditions de travail
- Ordres commerciaux de discriminer
- Tout traitement défavorable lié à la réclamation
La justification juridique repose sur le principe de « l'indemnisation », c'est-à-dire la garantie que nul ne peut subir de préjudice pour l'exercice d'un droit.
Les lanceurs d’alerte ne sont pas les seuls à être protégés
Un aspect particulièrement nouveau est que la protection s’étend au-delà du travailleur déclarant. En fait, la loi protège également :
- Membres de la famille du salarié (conjoints, partenaires, parents par le sang ou par affinité).
- Personnes bénévoles ou sous-traitantes qui travaillent dans le milieu des affaires.
- Participants aux processus de sélection, même s'ils n'ont jamais été embauchés.
Le ministère fait valoir que, puisque les représailles peuvent s'étendre à l'environnement immédiat du lanceur d'alerte, la protection doit être élargie pour éviter les pressions indirectes.
Plus de limites aux licenciements collectifs
Sont également concernés les licenciements collectifs – dits ERE – motivés par des causes économiques, techniques, organisationnelles, productives ou de force majeure. La nouvelle loi permettra de contester une ERE lorsqu'il existe des indications selon lesquelles elle inclut ou affecte particulièrement les travailleurs qui ont signalé des irrégularités.
Autrement dit, s’il s’avère que le licenciement collectif est utilisé comme mécanisme de représailles, il peut être annulé en totalité ou en partie.
Licenciement de protection pendant la période d'essai
La période d'essai est traditionnellement un domaine diffus où les entreprises peuvent mettre fin à la relation de travail sans avoir besoin de justifier leur décision. Cela change avec le projet. Désormais, les licenciements en période d'essai qui touchent les travailleuses enceintes ou en maternité, ou tout travailleur ayant déposé une plainte interne ou externe, seront nuls – mais non irrecevables –.