Obtenir un rendez-vous au Service Public de l'Emploi de l'État (SEPE) est devenu pour des milliers de personnes une course contre la montre et semée d'embûches. Dans un contexte de bureaux submergés par une diminution du personnel et des systèmes numériques insuffisants, la simple tâche de prendre rendez-vous pour demander des allocations de chômage – une procédure gratuite mais aussi obligatoire – est devenue une épreuve particulièrement angoissante pour ceux qui ne disposent que de 15 jours ouvrables pour formaliser leur allocation.
Le désespoir a ouvert la porte à un commerce aussi lucratif qu’irrégulier (ce qui, à son tour, ne fait qu’aggraver le problème) : la vente de rendez-vous préalables, un marché parallèle qui fonctionne sur les portails publicitaires, les réseaux sociaux et les centres d’appels. Ce qui a commencé comme une ressource sporadique est devenu chronique jusqu'à normaliser des tarifs qui atteignent 99 euros, selon la documentation journalistique analysée.
Quand prendre rendez-vous devient une odyssée
El Diario raconte l'histoire d'un travailleur qui a passé dix jours à essayer encore et encore d'obtenir un rendez-vous sur le site du SEPE, se connectant même à l'aube. Il en était incapable : les nominations n’existaient tout simplement pas. Alors que le délai pour demander l'allocation était sur le point d'expirer, une amie lui a donné contact avec quelqu'un qui « trouve des rendez-vous instantanément ».
En quelques minutes seulement, Sofia a réussi à être soignée… après avoir payé 45 euros. Son témoignage est un témoignage de plus parmi ceux qui se retrouvent piégés dans un système qui n'offre pas d'alternatives claires, malgré l'existence de ce qu'on appelle pré-candidature de mise à disposition, méconnue d'une grande partie des utilisateurs (et qui ne remplace pas une attention personnalisée).
Un marché noir en expansion : jusqu'à 99 euros pour un rendez-vous
Une recherche rapide sur des portails tels que Milanuncios, les réseaux sociaux ou encore WhatsApp révèle une multitude de publicités dans toute l'Espagne. Les tarifs varient entre 30 et 99 euros, selon l'urgence et le type de procédure. Certains se présentent comme des individus ; D’autres se font passer pour des gestionnaires professionnels – ils utilisent même les logos officiels des écoles sans autorisation – et quelques-uns fonctionnent comme des entreprises sans présenter de facture ni de preuve de légalité.
Les témoignages décrivent des processus identiques : il suffit de fournir votre nom, DNI ou NIE, email et code postal pour obtenir un rendez-vous. Mais l'activité ne se limite pas à la SEPE : il existe également des offres pour la Sécurité Sociale, l'Immigration, la DGT, etc.
Et en plus, des arnaques. Le marché irrégulier n’est pas seulement abusif : il peut aussi être frauduleux. À Malaga, deux hommes ont été arrêtés pour avoir vendu de faux rendez-vous à des immigrés qui payaient entre 30 et 50 euros pour les démarches d'immigration. Les victimes ont payé d'avance et, en se présentant au rendez-vous, elles ont découvert que celui-ci n'existait pas.
Comment obtiennent-ils ces rendez-vous « impossibles » ? Bots, automatisation et thésaurisation
Les syndicats du SEPE alertent depuis des années sur la façon dont certains groupes ont professionnalisé l'acquisition des nominations. Selon l’UGT, la méthode la plus courante consiste à :
- Automatisez les recherches grâce à des robots qui explorent constamment le site Web SEPE.
- Réservez des dizaines de rendez-vous simultanés avec les documents d'identification des clients potentiels.
- Lorsqu'un acheteur arrive, il annule un rendez-vous déjà obtenu et le réattribue en quelques secondes.
Cette thésaurisation massive réduit encore davantage la disponibilité pour les autres utilisateurs, alimentant ainsi le cercle vicieux.
Après la pandémie, l’administration espagnole a accéléré sa numérisation. Mais cette transition s’est faite sans renforcer les équipements ni les infrastructures. Le résultat, en particulier dans le SEPE, la Sécurité sociale et l'Immigration, a été une surcharge de portails Web et un manque d'itinéraires alternatifs en personne.
De combien de personnel le SEPE a-t-il besoin ? Entre 2022 et 2024, 1 412 travailleurs du SEPE ont pris leur retraite, et rien qu’en 2025, 725 autres sont partis. Avec un effectif qui devrait avoisiner les 12 000 salariés et dépasse à peine les 7 300, la capacité d'attention est insuffisante, selon la CSIF et l'UGT.
Que fait l’Administration face à tout cela ?
Le SEPE reconnaît qu'il est au courant du problème depuis 2020, lorsqu'il a déposé une plainte auprès du parquet, faute de preuves. En 2024 et 2025, le ministère du Travail dénonce une nouvelle fois ces pratiques et affirme mettre en place des mesures antifraude telles que :
- Limite de rendez-vous par pièce d'identité ou téléphone,
- Libération aléatoire des rendez-vous annulés pour éviter que les robots ne les accumulent,
- Améliorations techniques du système de rendez-vous.
Toutefois, les syndicats et associations professionnelles estiment que ces mesures sont insuffisantes et arrivent tardivement. Les associations patronales, par exemple, dénoncent depuis des années l'usurpation de leur image dans des publicités frauduleuses et exigent une réforme structurelle du système de nomination.
Comment éviter de perdre l’avantage sans payer des intermédiaires ?
Même si beaucoup l'ignorent, la SEPE dispose d'outils qui protègent la date de candidature même lorsqu'un rendez-vous n'est pas pris :
- Pré-demande d'allocations (formulaire en ligne qui enregistre l'intention de demander le chômage).
- Candidature complète en ligne avec certificat numérique ou Cl@ve.
Ces itinéraires ne remplacent pas une attention personnelle, mais ils évitent de perdre des jours de chômage, exactement ce qui angoisse le plus les utilisateurs qui finissent par payer aux revendeurs.