Une chaîne de télévision britannique diffuse un documentaire sur les licenciements dus à l'IA et révèle à la fin que le présentateur… est une IA

Lundi soir, des millions de Britanniques étaient assis devant l'écran de Canal 4 pour regarder un nouvel épisode de la série documentaire 'Dispatches'. Le programme, intitulé 'L'IA va-t-elle prendre mon travail ?» (« L'intelligence artificielle prendra-t-elle mon travail ? »), a promis d'explorer les effets de l'automatisation sur le monde du travail.

Pendant près d'une heure, la journaliste Aisha Gban a guidé les téléspectateurs à travers des reportages, des interviews et des réflexions sur la façon dont les machines transforment des métiers entiers.

Mais dans les derniers instants de l'épisode, une révélation du présentateur a figé les téléspectateurs : « Je ne suis pas réel ». Prenez une tournure du script.

En effet, le réseau a révélé que la présentatrice du programme elle-même avait été entièrement générée par l'intelligence artificielle. Son visage, sa voix et ses gestes ont été créés par l'agence de mode digitale Seraphinne Vallora. Elle fut officiellement la première présentatrice virtuelle de la télévision britannique.

Une astuce télévisée avec un message

Le canular visait à ouvrir un débat urgent sur l’authenticité et la confiance dans les médias à l’ère de l’IA. Channel 4 a pris soin de respecter toutes les normes éthiques : l'utilisation de l'IA a été révélée à la fin et faisait partie d'une expérimentation à des fins journalistiques. Louisa Compton, directrice de l'information et de l'actualité de la chaîne, a expliqué que

« Ce type de montage ne sera pas courant. Notre objectif reste d'offrir un journalisme de qualité, impartial et vérifié. Mais cette expérience nous rappelle à quel point il est facile de tromper un public avec un contenu qu'il ne peut pas vérifier. »

Loin d'être un simple coup médiatique, L'IA va-t-elle prendre mon travail ? a servi de signal d’alarme pour le public. Le message final était aussi provocateur que lucide : les frontières entre réalité, simulation et spectacle s’estompent chaque jour davantage.

Car, si un présentateur virtuel parvient à nous convaincre pendant une heure, comment saurons-nous à l’avenir ce qui est réel et ce qui ne l’est pas ?

Le journaliste qui a défié la réalité

Lors de la diffusion de l'épisode (qui est également devenu le deuxième programme le plus regardé de la journée, avec plus d'un demi-million de téléspectateurs), le « reporter » numérique a « parcouru » les studios, les bureaux et les laboratoires, comparant les performances des humains et des machines dans différents secteurs : médecine, droit, mode et musique.

Avec un ton calme et une présence presque humaine – bien qu’avec de légères imperfections dans les mouvements de la bouche et du regard, si l’on y regarde de près – Aisha Gaban a analysé l’impact de l’automatisation sur l’économie britannique.

Une étude citée par le programme, réalisée auprès de 1 000 chefs d'entreprise au Royaume-Uni, a produit des résultats inquiétants :

  • 76 % utilisent déjà des outils d’intelligence artificielle pour des tâches auparavant réalisées par des humains.
  • 41 % déclarent que cela a réduit les embauches.
  • Près de la moitié s'attendent à de nouvelles réductions d'effectifs au cours des cinq prochaines années.

Suite au succès de l'expérience, Channel 4 a confirmé qu'elle continuerait à explorer les utilisations éthiques de l'intelligence artificielle dans les futures productions, sans toutefois répéter le format d'un présentateur entièrement généré par l'IA. Dans d’autres projets, le réseau a essayé d’utiliser l’IA pour anonymiser des témoins ou recréer des scènes documentaires.

Hollywood et le fantôme du numérique

Cette étape importante franchie par Channel 4 intervient à un moment de grande tension mondiale concernant l'utilisation de l'IA dans les industries créatives. Quelques semaines auparavant, l'apparition de Tilly Norwood —une actrice du numérique— a suscité l'indignation du syndicat américain SAG-AFTRA, qui a dénoncé le recours à des interprétations humaines sans consentement ni compensation. Selon les mots du syndicat,

« 'Tilly Norwood' n'est pas une actrice. C'est un personnage créé à partir du travail de milliers d'interprètes réels, sans leur permission. Elle n'a aucune émotion, aucune expérience, aucune humanité. Elle est un vol déguisé en innovation. »

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